Des Voix de Femmes dans la Mêlée (1914-1918)

Lecture publique : Agnès Lalle, Philippe Bertin

Musique électro-acoustique : Mathilde Forget

Colette – Henriette Sauret – Anna de Noailles – Lucie Delarue-Mardrus – Cécile Périn

+ lecture immersive dans l’ouvrage de Marcelle Capy « Une Voix de Femme dans la Mêlée », le manifeste d’une indignée pendant la Grande Guerre, partiellement censuré en 1916, Entre-temps éditions, 2015.

Un grand nombre d’écrivains et de poètes ont été confrontés à la Première Guerre mondiale. Leur œuvre en fait écho. Beaucoup de ces hommes s’exposèrent en première ligne mais la part d’engagement des femmes, tout aussi vif sur le front de l’écriture, comme à l’arrière dans les champs ou les usines, reste étrangement méconnue.

Rappelons qu’il aura fallu attendre le tout début du XXe siècle pour assister à l’essor créateur des femmes en littérature comme en poésie. Nombre de ces poètes, de ces romancières de la Belle Époque et des Années folles, sont aujourd’hui, Colette à part, méjugées et le plus souvent oubliées. Elles occupent pourtant une vraie place dans l’histoire de la littérature. Elles illustrent parfaitement la condition féminine à une période où le rôle de la femme est en pleine mutation. Ces poètes, d’Anna de Noailles à Lucie Delarue-Mardrus ont, soit pris part sur un plan patriotique au renforcement moral des millions de Français engagés dans les combats, soit dénoncé l’absurdité et l’horreur de cette guerre et revendiqué un pacifisme authentique.

Colette (1873 – 1954)

Sidonie-Gabrielle Colette fait la connaissance à la fin de l’année 1909, Henru de Jouvenel, journaliste, qu’elle épouse en 1912 et qui l’engage à donner quelques billets et reportages au journal Le Matin. Les Heures Longues rassemblent ces articles d’Août 14 à Novembre 17, où elle enregistre ce que ce qu’elle voyait à l’arrière.

Henriette Sauret (1890 -1976) – L’amour à la géhenne – 1919

Avant la guerre, Henriette Sauret et son mari, l’écrivain et journaliste André Arnyvelde (pseudonyme d’André David Lévy, 1881-1942) participaient aux cercles littéraires d’avant-garde. Elle produira deux ouvrages de poésie autour de la Grande Guerre, Les forces détournées, préfacé par Séverine en 1918 puis L’amour à la géhenne un an plus tard.

Anna de Noailles (1876 – 1933) – Les forces éternelles1920

La comtesse Anna-Élisabeth de Noailles, née princesse Bibesco Bassaraba de Brancovan, est une poétesse et romancière française, d’origine roumaine qui fut la seule femme poète de son temps à recevoir les plus hautes distinctions publiques.

Les Forces éternelles où sont évoquées les champs de bataille de la Marne offrent des exemples d’un pessimisme qui tente de se surpasser. Ce sont des poèmes recueillis, anxieux, d’un calme trompeur où elle cherche la consolation dans la méditation et la solitude dans la précarité du plaisir.

Lucie Delarue-Mardrus (1880-1945) – Souffles de tempêtes1918

Lucie a déjà perdu son père en 1910, mais le décès de sa mère en 1917 va l’abattre, en pleine guerre. Elle est alors infirmière depuis la déclaration de guerre à Honfleur à l’hôpital 13. Elle et Mardrus se sont séparés en 1915. Elle doit vivre de sa plume. La poésie de Lucie Delarue-Mardrus, contrairement à sa prose, qu’elle perçoit souvent comme une activité alimentaire, est l’expression pleine et entière de son être, un refuge, mais aussi un gouffre qui aspire toutes les passions, les hantises du poète.

Souffles de la tempête, recueil automnal dont certaines pièces datent d’avant la première guerre mondiale, qui présente la synthèse des thèses antérieures – les voyages, l’Egypte, la Normandie, la mer, la solitude, la musique, les saisons et le cheval – et introduit celui de la guerre, du patrimoine et du deuil.

Cécile Périn (1877 – 1959) – Les captives – 1919

Cécile-Élisa Martin, fréquente avec son mari l’Abbaye de Créteil, une association communautaire d’artistes fondée sous l’impulsion du poète Charles Vildrac. Cécile Périn est membre des Poètes du Divan (revue de littérature et d’art) – et, par ailleurs, la seule femme admise en cette assemblée.  Son ouvrage, Les Captives, paru en 1919, hésite entre le soutien tiède à la guerre et le mépris, Elle perd son mari en 1922   et sa poésie se fait l’écho de ce deuil.



Une exposition

La Grande Guerre, vue sous 5 prismes différents.

Cette exposition modulable permet de retrouver un dialogue, entre le réel et l’imaginaire réinventé des poilus sur le Front, avec leurs familles vivant à l’arrière. Philippe Bertin choisit des images « standard » – coupures de magazine, cartes postale, photocopies – qu’il replace dans une perspective contemporaine.

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